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Journée d'une ado (p.1)

Aujourd'hui a commencé de la même manière qu'un jour comme tous les autres. Rien de nouveau dans ma petite vie. Je me suis levée à l'heure habituelle, j'ai pris une douche très froide, histoire de perdre quelques calories. Ensuite, j'ai été dans la cuisine, j'ai sorti du pain, du beurre, du lait et quelques biscuits. Mais comme d'habitude, j'ai tout jeté, car je n'avais pas faim. De retour dans ma chambre, prison aux murs sombres, je me suis habillées avec un pontalong noir, qui, à présent, me venait trop large, et un gros sweat noir, pour qu'on ne puisse pas voir ce que j'appellait ma grosse couche de graisse, et ce que les Autres appelaient mes os saillants. Puis je suis passée dans la salle de bain. Je me suis lavé les dents, brossé mes longs cheveux noirs et lisses, et j'ai enfin cerné mes yeux, deux petites fentes sur mon maigre visage, d'une épaisse ligne noire. Je me suis également passé quelques couches de vernis noir sur mes ongles de mains et de pieds, puis je me suis postée devant mon miroir, afin d'avoir une vue d'ensemble. Malgré ce que les Autres appelaient ma maigreur excessive, je n'arrivait pas à me trouver suffisement mince. J'attendais depuis longtemps d'avoir un corps parfait, mais je ne trouvait toujours aucune satisfaction. Je me suis donc donné quelques coups dans l'estomac, juste assez fort pour avoir mal, mais assez doucement pour ne pas me blesser trop violemment. Après cela, je suis enfin sortie de la salle de bain, en me rendant conte que, pendant tout le temps que j'y avait passé, mes parents étaient partis sans laisser de traces, comme tous les matins. Mon père, cette ordure qui m'avait violée à plusieurs reprises lorsque j'avais huit ans, cet ivrogne qui boit des litres d'alcool durant toute l'après-midi, qui bat ma mère et l'oblige à se prostituer, et ma mère, cette vieille femme qui me haït tant depuis le jour de ma naissance involontaire, qui se soumet à mon père sans faire aucun geste pour se sauver, et qui ne fait rien pour me donner une vie meilleure...

bref, ensuite, j'ai enfilé mes grosses basquettes noires, pris mon sac d'école noir, et je me suis mise en route pour l'école. Je suis arrivée avec une heure et demi de retard, car j'avais préféré marcher plutôt que de prendre le bus, et étant donné ma faiblesse phisique, j'avais dû m'arrêter à plusieurs reprises. Mon professeur m'a renvoyée, mais je m'en fichais. Je n'ai pas parlé de la matinée, pas même à la pause. D'ailleurs, je suis restée debout dans un coin, à la pause. A la fin des cours, je suis rentrée chez moi. La maison était vide, comme à sa habitude. J'ai retrouvé sur la table de la cuisine une assiète de pâte accompagnée s'une boîte de thon, probablement laissée par l'un de mes deux parents. Quel dommage qu'on ne se parle aussi rarement, bien que nos uniques dialogues soient basés sur des cris, des insultes et des menaces... J'ai souvent songé à m'en aller, mais je n'aurait pas su ou me cacher. je n'ai mangé que quatre pâtes et une fourchette moitié-remplie de thon. Le reste, je l'ai laissé là, tel quel. Puis, j'aurai dû retourner à l'école, je le sais, mais comme pratiquement tous les après-midis, je n'en avais aucune envie. D'ailleur, le directeur de mon école a convoqué à plusieures reprises mes parents, mais aucun d'eux n'y est jamais allé. Je suis donc restée chez moi et me suis à nouveau postée devant mon miroir. Je me sentais grosse, très grosse. Alors j'ai enlevé mon sweat, puis mon pontalon. Sa n'a rien changé. Je me suis pesée: 36kg. 36kg, pour 1m65. J'avais encore perdu un demi kilo en une semaine, et cela me rendit heureuse. Mais pas pour longtemps. Quelques minutes plus tard, je me sentais à nouveau trop lourde. Je n'en pouvais plus de me voir ainsi. Alors j'ai hurlé. J'ai commencé à courrir à travers toute la maison, en hurlant rageusement contre ma vie, contre mon corps et contre moi-même. Je commençais à perdre ma voix. Je me suis enfin arrêtée dans la cuisine. J'ai ouvert un tiroir, j'en ai retiré un couteau, et je suis partie avec dans ma chambre. Je me suis installée à mon endroit habituel, sur un coin de mon large tapis. j'ai soulevé le couteau par son manche, posé sa lame sur ma peau, j'ai appuyé et j'ai tiré. cela fesait une jolie ligne. Elle est devenue toute rouge, puis du sang en a coulé. J'ai ensuite tracé une croix sur mon ventre, avec un cercle tout autour. Tout ce sang me procurait un réel plaisir. De beaux symboles rouges, faits avec du sang, sur ma peau. C'était magnifique, et cela m'appartenait. J'ai recommencé de plus belle, sur mes jambes, cette fois-ci. Et comme toujours, je me suis sentie mal, ma tête me tournait et je voyait tout noir, mais le temps m'avais appris ce que j'avais à faire: poser mon couteau et m'allonger. Puis j'ai dû m'endormir, puisque je ne me rappelle de rien. Lorsque je me suis relevée, il était huit heures du soir. Mon père était là, mais pas ma mère. Il me regardait bizarement, puis il est parti dans le salon en lançant les mêmes insultes que toujours. Je n'ai pas pleuré, à cause de l'habitude, mais cela m'a quand même blessée. Je me suis contentée de me rabiller. Quand je pense qu'il est mon père...

Puis l'envie de manger, pas la faim, m'a prise. Alors je me suis dirigée vers la cuisine, et je me suis apperçue que l'assiète de pâtes de midi était toujours telle que je l'avais laissée. Mais je n'en voulais pas. Alors j'ai ouvert le placart et le frigo, sans réfléchir, et j'en ai sortit un paquet de biscuit. J'en ai mangé un, puis un autre, puis un autre... J'étais comme hypnotisée. Je me regardais manger, alarmée, mais je n'ai pas pû m'arrêter. Depuis le temps que cela m'arrivait, je me sentais vraiment nulle de ne pas pouvoir me stopper. Après avoir fini le paquet, j'ai sortit un peu plus de 5 tranches de pain, et je les ai tartinées de miel. J'ai tout mangé. Je sentais que mon estomac allait se déchirer, mais l'envie était plus forte. J'ai vidé une plaque de chocolat blanc, puis le pot de gelée, puis j'ai mangé quatre boules de glaces. C'est la que je me suis enfin arrêtée. J'ai repensé avec dégout à la scène qui précédait, et je me suis mise à pleurer. J'avais l'impression de me vider de toutes les larmes de mon corps. J'létais hantée d'un sentiment de culpabilité, mais c'était ainsi à peu près tous les soirs de la semaine. Alors je n'ai pas eu d'autre choix que de me précipiter aux toilettes, et, sans même prendre la peine de fermer la porte, j'ai soulevé le couvercle, enfoncé deux doigts dans ma bouche, et j'ai vomi. Il y avait de tout qui sortait. du liquide chocolaté, des morceaux de biscuits, des bouts de mie de pain... Mais j'avais l'habitude, cela ne me dégoutait plus. je vomissais, je vomissais, et cela a duré au moins dix minutes non-stop. Je ne me suis arrêtée que lorsque j'ai vu sortir de ma bouche un liquide un peu visque, la bile, qui a fini par être accompagné de sang. Après cela, la culpabilité s'était transformée en soulagement. Je me suis lavé les bras, car ils étaient couverts de vomi, et le visage, pour la même raison. puis j'ai mis mes vêtement, qui étaient aussi dégoutants que mon corps, dans le panier du linge sale.

C'est à partir de ce moment précit que ma journée est sortie de l'ordinaire: plusieurs questions m'ont envahi l'esprit. Mes parents n'avaient-ils jamais entendu les bruits que je fesait, seule dans la salle de bain ? Ne s'étaient-ils jamais demandé ce que j'y fesait ? N'avaient-ils jamais remarqué, en faisant la lessive, que mes vêtements étaient tachés de vomi ? Et s'ils avaient compris, pourquoi n'étaient-ils jamais intervenus ? Etaient-ils vraiment mes parents ? M'aimaient-ils vraiment ? Non, certainement pas. Cette pensée me rendit encore plus triste. J'en avait marre de tout. Marre de vivre dans une famille qui ne me remarque même pas, marre de savoir à l'avance que le lendemain serait tout aussi douloureux que la veille, marre de ma vie. Et là, j'ai su. j'ai su que je pouvait m'en aller. Dans un monde bien meilleur. Quel qu'il soit, cela ne pouvait pas être pire qu'ici. L'au-delà. Alors j'ai fait couler de l'eau dans ma baignoire. Lorsqu'elle s'est mise à déborder, j'ai éteint le robinet et j'ai écrit ma journée sur ce bout de papier pour que les gens sachet pourquoi j'ai fait ce que je m'apprête à faire. Maintenant, je me glisse dans ma baignoire, et je vais conter jusqu'à 5. Puis je poserai cette feuille et ce stylo, et je m'enfoncerai dans l'eau pour ne plus jamais en sortir. 1, 2, 3... 4... et 5.



Article ajouté le 2008-09-20 , consulté 73 fois

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